Rayon de lune

Au fil de ma plume et de celles que je rêve

14 décembre 2008

Mosaïque

C'est étrange comme parfois l'événement le plus infime peut vous abattre. J'ai souvent l'impression de marcher en équilibre sur un fil, et j'ignore par quel miracle d'insouciance je ne me casse pas la figure à chaque instant. Pourtant, le vertige engendré par l'abîme me guette sans cesse, tapi dans les moindres recoins de ma conscience flageolante. J'ai du mal à saisir les fluctuations du temps et leur impact sur mon rapport avec les autres. Je les ressens seulement par à-coups, assenées avec la violence de l'évidence, génératrices de filets de haine et d'incompréhension.

Je n'ai toujours pas compris dans quel monde je vivais,
Ni dans quel monde tu vis,
Tout ce que je sais c'est que ce n'est pas le même
Sous la lune l'abîme me sourit.

L'écrivain s'en revient toujours sur le même chemin : même s'il emprunte d'autres sentiers, il trace la même route. On aime à le toiser avec mépris, ce vieux radoteur imbécile. Pourtant, il délivre encore la sagesse enfouie au coeur des mots, celle qui fait sourire le voyageur pressé qui savait déjà. Mais c'est celui-là même qu'il recroise au terme du parcours : la plume à la main, avec sollicitude, l'auteur lui tend le livre écrit tout au long de la vie, précieusement conservé et aimé. Je crois que c'est à ce moment-là que le vieillard pleure, et sait que jadis, il croyait seulement savoir.

Ce n'est pas très facile de jongler en même temps que d'avancer, tellement on a peur de tomber ou de faire tomber les autres si l'on fait un faux pas. J'ai souvent l'impression que je ne suis pas la seule dans cette chute qui m'entraîne, quand sous mes pieds s'entrouvre le gouffre du désespoir insondable, celui que je n'ose regarder en face, ramassis de jalousie et de frustrations, de larmes essuyées au coin de l'oeil. Il paraît qu'il faut mettre son mouchoir dessus. Ca ne le fait pas pour autant disparaître.
C'est drôle d'observer comment les mots naissent de nos insatisfactions et de nos mesquineries. C'est vrai qu'avec le mouchoir brodé par-dessus, c'est plus joli. Mais on n'est pas dupe pour autant. Pourquoi est-ce que la perversion des sentiments s'exerce de la manière la plus incisive précisément sur ceux qui devraient être les plus beaux ?

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02 novembre 2008

Brumes parisiennes et spleen nantais

Voilà la saison du spleen qui s'installe, même pas le plaisir de savourer pleinement les dernières lueurs d'un été indien. Le froid s'infiltre partout, transperce la moindre couche de vêtements, aussi chauds soient-ils. C'est sous ces mornes augures que Paris s'est offert à mon oeil de touriste songeuse. Déambulant dans la grise capitale où l'opulence succède la misère, noyée dans le flot d'une foule d'anonymes pressés, j'éprouve cette sensation étrange de mal-être diffus tandis que s'est gravée dans mon esprit l'image de cet homme avachi sur un strapontin du métro, endormi, empestant le vin, semblable à une poupée désarticulée. Sentiment de malaise : je m'applique à regarder partout sauf dans sa direction, en espérant assez naïvement que ne plus l'avoir dans mon champ de vision me le fera oublier. Un autre soir, en route vers la tour Eiffel, cette jeune fille probablement plus jeune que moi, assise le long d'une vitrine, le corps à demi enfoui dans un sac de couchage... j'ai du mal à concevoir que ce soit possible. Dès que la réalité s'éloigne un tant soit peu de ce qui constitue mon quotidien, elle revêt les allures d'une fiction. J'ai ressenti un peu la même impression devant les armures de chevaliers du musée Dobrée de Nantes, ou encore face aux totems gigantesques du musée du quai Branly. Certes, le rapprochement n'est pas forcément évident, mais la pensée fonctionne pourtant sur le même principe dans les différentes situations : essayer de penser à ces éléments en tant que réalité (passée ou présente), autour de laquelle se distingue un contexte réel qui est loin d'être familier pour moi, crée une sensation tenace d'irréalité, qu'elle soit due à l'écart social, géographique, culturel ou historique. En dehors de ma petite vie se dessinent d'autres mondes, qui ne sont pour moi que des esquisses sans consistance, dont la dimension tangible m'apparaît fugitivement quand j'y suis confrontée, mais s'estompe tout aussi vite. Dois-je m'en vouloir de ce si rapide désintérêt pour ce qui n'est pas moi ni autour de moi ? J'en fais le constat froid sans pour autant me sentir coupable. Ces tristes considérations ne m'empêcheront pas de dormir, n'empêchent personne de dormir de toute façon, pourquoi aurais-je plus de scrupules que les autres ?

Je disais donc Paris et les sentiments contradictoires qu'elle éveille dans le coeur d'une petite provinciale comme moi, attachée à son univers familier. Arrivée à la Défense, sentiment de déperdition : tout est si immense, je suis ravalée à ma dimension d'être insignifiant, pas plus grande qu'une fourmi, pas plus signifiante que ce flot d'inconnus qui traverse mon champ de vision, quittant leur travail en cette soirée humide et froide, se hâtant de rentrer chez soi. Sensation de mal-être : la moindre parcelle de ce qui s'étend sous mon regard correspond à un monde qui m'est parfaitement étranger et qui me terrifie : je n'ai et ne veux pas avoir la moindre idée des enjeux financiers sans mesure qui se jouent dans ces tours géantes et sans âme. C'est le soir, et l'on distingue des milliers de petits carrés allumés, chacun correspondant à un bureau : chaque jour, des hommes prennent place dans chacune de ces cases et travaillent sans relâche jusqu'au soir. Ces petits cubes insignifiants, ces milliers d'hommes, ces millliers de subjectivités que j'imagine, mais que j'embrasse ici, de loin, du haut de ma taille de fourmi. Vertige.

Le soir, arrivée au deuxième étage de la tour Eiffel, l'effet inverse : je surplombe la ville, j'ai l'impression qu'ici rien ne peut m'arriver. Les immeubles éclairés, la Seine et les ponts qui l'enjambent, je contemple une jolie maquette, tellement réussie qu'on la jurerait réelle. C'est drôle. Le spectacle qui s'étend sous mes yeux fait de moi une privilégiée ; d'ici je ne ressens pas le vertige, juste la beauté froide et intemporelle d'une nuit parisienne embrasée d'une myriade de lueurs.

Froid, pluie, vent, fatigue, courbatures et mal au dos... Retour à la case départ, fin de l'épisode "voyage", de la bulle rassurante de hors-temps. Le quotidien revient avec ses soucis insignifiants et ses prises de tête à répétition. Mon âme atteinte de bovarysme aigu et nourrie au spleen ne connaît d'autre mode de fonctionnement que l'angoisse. Lancinante, son mouvement incessant est comme celui des vagues qui viennent lécher le sable. Il ne me reste qu'à en prendre mon parti et à tâcher de lutter contre ce qui est plus fort que moi. Je suis fatiguée, je ne sais même plus pourquoi je pleure. Juste envie de m'asseoir un moment au soleil. Sentir la caresse de ses rayons et de ton regard. Retrouver ces fragments d'éternité dont la perfection me faisait déjà redouter la contingence.

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17 mai 2008

Ecrire ?

Je ne prétends pas détenir la vérité. J’écris parce que cela me semble nécessaire. L’idée de raconter une histoire m’horrifie : la gratuité de la fiction me laisse entrevoir la vanité de nos divertissements. Aligner des mots les uns à la suite des autres revient à répéter des combinaisons déjà effectuées par d’autres. Le réel est ailleurs, il se cache au-delà des mots, et je ne sais pas le saisir. C’est pourquoi écrire en prose me terrifie. Lisant un texte, je sais en souligner les incohérences, et relever les choses qui me gênent. Mais écrire est une autre histoire. A partir du moment où je prends le risque de coucher des idées sur le papier, je me sens affreusement maladroite et prise au piège. Surprise en flagrant délit d’impudeur ou de mensonge. C’est comme se jeter en pâture aux lions dans l’arène. Le danger est trop grand et je n’arrive guère à m’y résoudre. Le langage est tellement codé, tellement plein d’automatismes, comment peut-on espérer faire œuvre originale ? Je ne sais écrire qu’en vers, parce que seul le langage poétique me permet de dilater le sens des choses.

L’histoire n’est qu’un support dont la densité doit être suffisante pour résonner en chacun des sujets qui la lira. « Je » est le protagoniste anonyme et universel de toute fiction réelle, c’est-à-dire qui se donne à lire comme plus vraie que la réalité. Ecrire sans avoir quelque chose à dire est pure vanité. L’idéal serait de ne parler que de l’indicible, de tout ce qui ne se donne pas immédiatement et facilement : les sensations, les sentiments, les émotions, non pas décrits de l’extérieur et de manière mécanique, mais de l’intérieur, par petites touches, donner à voir les choses dans leur simplicité et leur vérité. Par vérité, j’entends en décrivant le plus sincèrement possible la façon dont nous pensons les saisir.

La vérité n’existe pas : ce n’est qu’une référence vague par rapport à laquelle on se situe, une sorte de point de repère, mais si incertain, si lointain, qu’on ne peut guère envisager de s’appuyer sur lui. C’est d’ailleurs ce qui rend si fascinante la littérature : quelques fragments de vérité, éphémères puisqu’ils ne sont validés que par une expérience particulière, par le ressenti né d’un vécu personnel, parce que la coïncidence avec ces fragments peut être effective ou ne jamais se produire. Mais c’est pourtant à travers ces fragments qu’on frôle l’Absolu. Et c’est précisément parce qu’il ne se donne jamais entièrement que la littérature existe. Toutefois, ma réflexion pourrait aussi s’appliquer à toute forme d’art. Un tableau qui reproduirait de façon mimétique la réalité ne provoquerait qu’un enthousiasme dû à la prouesse technique réalisée, tout réside dans le subtil compromis né du regard de l’artiste et de la connivence qu’il crée avec son public. Mais comment maintenir ce compromis de manière équilibrée tout au long d’une œuvre. J’ai l’impression qu’on ne peut pas épurer une œuvre au point de la rendre tout entière absolue, il reste toujours des scories, dues aux automatismes langagiers, qu’on ne peut pas totalement évacuer. Mais je me demande dans quelle mesure ces résidus participent de l’unicité de l’œuvre d’art : ne peut-on pas aussi voir en eux sa spécificité subjective ?

            D’habitude, je répugne à développer ce genre de réflexions, c’est l’un des grands problèmes de la pensée humaine (qui rejoint d’ailleurs ce que je disais au début sur la littérature), on a l’impression que tout a déjà été pensé. La plupart des réflexions que je développe ici sont nées de mes lectures, je me suis réapproprié le point de vue de certains auteurs, je ne suis donc qu’un énième porte-parole maladroit. J’ai l’impression de répéter et de travestir les propos de gens plus intelligents et plus érudits que moi ; et en même temps, je ne vois pas comment faire autrement. Dans la jungle foisonnante des connaissances humaines, il est difficile de faire son chemin. L’idéal serait de tout connaître pour pouvoir exprimer une pensée subjective, qui serait la synthèse réfléchie de notre héritage culturel. Mais tout savoir est parcellaire, et même les plus grands penseurs sont humains, donc susceptibles de se tromper.

Je n’ai jamais eu confiance en moi parce que je n’ai jamais été sûre de la fiabilité de mes pensées, de mes décisions. Je déteste prendre parti, il me semble que choisir revient toujours à réduire le champ des possibilités, donc nécessairement à s’éloigner de la vérité. On parle de « trancher » une question, ce verbe est en soi assez violent, cela revient à amputer la vérité de l’un de ses aspects. Chaque problème peut être envisagé sous deux angles radicalement contraires, validant chacun une thèse opposée.

Tout ça pour dire que je n’arrive pas à écrire parce que j’ai trop de doutes. Mais je sais pertinemment en même temps que si je n’en avais pas, je serais probablement encore plus dans l’erreur…

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10 mai 2008

On se fait du mal parce qu'on s'aime (et inversement)

Je peux pas m'empêcher d'être fascinée par la complexité des relations humaines. J'adore essayer de les décortiquer. Ca ne me mène bien souvent nulle part et je me retrouve finalement plus paumée qu'au départ. Je suis d'humeur changeante, je passe de la sérénité au désespoir le plus amer, et je ne contrôle rien parce que divers facteurs extérieurs agissent sur moi tandis que j'en ai plus ou moins conscience. J'ai beau tenter de me raisonner, dans ces moments-là, je ne suis pas rationnelle et je suis malgré moi emportée par les turpitudes de mon cerveau.

J'ai conscience des contradictions qu'il peut y avoir en moi, seulement je ne peux pas les expliquer. Je ne veux pas chercher à le faire d'ailleurs, mais ça me stresse de sentir que la voie est sans issue.

Là je bade et j'aurais envie de parler avec quelqu'un qui est à l'autre bout de la terre et qui n'a pas le temps... Je fais en sorte la plupart du temps de ne pas y penser. Déjà pour éviter de déprimer et parce que je sais très bien que mes réactions sont égoïstes. (en même temps, les amis sont les rares personnes avec qui on devrait pouvoir se permettre un peu d'égoïsme, non ? hum... à la réflexion, cette phrase est un peu le paroxysme de l'égoïsme) C'est juste que quand je vais mal, il peut rien ; et quand il va mal, je peux rien non plus. Et l'année qui passe creuse le fossé de l'absence...

Et puis c'est vrai que je suis égoïste. Je ne prends conscience du fait que les gens peuvent aller mal seulement quand moi, je ne vais pas super bien.

Et quelque part, je me marre parce que je suis incorrigible : je passe mon temps à dire que je me prends trop la tête et qu'il faudrait que j'arrête et je viens faire tout le contraire sur mon blog.

Mais y'a trop de gens qui me manquent...

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08 février 2008

Petite réflexion sur la vie

Commençons par le commencement, la matrice qui engendre, et qui fait que je suis aujourd'hui telle que je suis. Il s'agit de Nadja bien sûr, lorsque l'écriture échappe et que le néant s'engouffre par la brèche ainsi entrouverte, lorsque le monde bascule au rythme de quelques phrases et que me saisit le vertige, comme une secousse sismique quasi imperceptible mais qui se propage en écho et de plus en plus s'affirme. "Il se peut que la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogramme", hypothèse ô combien tentante, surtout que le temps aidant, on parvient toujours à reconstruire sa vie en en agençant les faits de manière à leur donner un sens. Mais qui dit déchiffrement dit interprétation et bien souvent erreurs. Néanmoins, il me plaît à moi de passer à travers des forêts de symboles, et j'ai beau reconnaître que cela ne m'avance pas à grand chose, cela m'apaise et c'est déjà beaucoup. Le pouvoir de consolation qu'exercent certains textes me semble tout à fait irréel, et poutant il existe : le chemin de l'errance est balisé de signes qui éclairent la route de lueurs éphémères mais rassurantes. Et cela fait plaisir de voir que ce qu'on ressent n'est parfois pas totalement dénué de fondement puisque d'autres partagent les mêmes sentiments. Je suis tombée sur une interview d'un de mes profs, M. Forest, sur le site de la fac de Nantes et ce que j'y ai lu m'a fait sourire, puisque j'aurais pu tout aussi bien l'écrire (mais en moins bien, cela va sans dire^^) :

On se demande en effet souvent ce que peuvent chercher - et plus encore trouver- les chercheurs dans le domaine littéraire.
Pourtant, si la vie est bien toujours un roman, parfois tout un poème et tantôt une tragédie, tantôt une comédie -comme le voulait Shakespeare-, étudier le roman, la poésie, le théâtre revient à se donner une chance de mieux comprendre la vie - et même sa propre vie.

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04 décembre 2007

Ebauche de réflexion

J'ai envie de ressentir ce frémissement si caractéristique qui me parcourt l'échine quand sans que je m'y attende, une émotion me frappe de plein fouet. Cette accélération des battements du coeur dans la poitrine, ou juste l'impression qu'il va se décrocher ou s'arrêter, comme le temps qu'on aimerait tant faire ralentir ou reculer. Il suffit d'une triste mélodie, d'une poignée de mots doux glissés à l'oreille, d'un regard empli de tendresse, pour s'envoler. Il suffit d'un instant, d'une parole, d'un éclair d'incompréhension pour que tout se brise. Je voudrais juste comprendre pourquoi je suis si fragile, pourquoi des fragments de ma vie me heurtent comme des morceaux de verre qui m'écorchent, pourquoi une douleur sourde résonne dans chaque parcelle de mon être pendant si longtemps, pourquoi je ne peux pas envisager les choses sereinement. J'ai l'impression que je peux me voir comme la lumière blanche au travers d'un prisme, observer chacune de mes composantes, bien distinctes, mais leur entrelacs est si complexe que malgré tout je m'y perds.

Je parcours les chemins de mon existence, lentement, prudemment, je recueille de ci, de là, des petits lambeaux de sagesse (du moins, ce qui y ressemble), des vérités relatives que j'apprends à manier avec précaution, et ainsi l'air de rien, sans m'en rendre compte, j'avance. Mais la route est semée d'embûches, et souvent je trébuche. Je sais aussi que sur d'autres chemins, d'autres comme moi tombent et se relèvent, que ce que j'écris ne sert à rien, mais je continuerai quand même.

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17 novembre 2007

Girls don't cry...

Il arrive un moment où on se dit que ça ne sert plus à rien de pleurer.
Un moment où on se sent trop cassé pour pouvoir souffrir encore plus.
Est-ce que ça veut dire que c'est fini ? Pourtant les vieilles douleurs ne sont jamais bien loin, enfouies sous le tissu si fin de la peau, elles guettent la moindre de nos faiblesses pour ressurgir.
On aime à s'ériger des montagnes en obstacles, parce qu'on se dit que peut-être, comme ça, on saura rendre les souvenirs plus beaux. Mais on arrive seulement à se faire souffrir un peu plus.

Un souvenir qui fait mal, ça ne reste jamais qu'un souvenir. On aura beau le revivre cent fois par la pensée, il ne quittera plus les limbes du passé. Le problème, c'est que je traîne mes souvenirs avec moi, qu'ils me semblent bien lourds à porter, que je ne sais pas trop où je dois les mettre pour qu'ils deviennent plus légers. C'est juste qu'ils me construisent et m'entravent, me font un peu de bien et beaucoup de mal.

Il n'y a pas que de la mort dont on ait à faire le deuil.

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04 novembre 2007

Imagine...

...qu'on est tous des entités, chacun une existence à part entière, distincts les uns des autres mais pas forcément des êtres de chair et de sang. On pourrait tout aussi bien être le fruit de l'imagination d'un démiurge (je n'ai pas dit forcément de Dieu) mais d'un écrivain par exemple ou encore d'un réalisateur. On fait partie de l'histoire donc (pas celle avec un grand H mais la petite fiction, peut-être télévisuelle, peut-être même qu'elle passe sur TF1... ouille, nan quand même pas, ça voudrait dire qu'on aurait tous des QI d'huîtres^^ pardon je m'égare) et on n'existe que dans la mesure où nous sommes liés à elle. Tu vas me répliquer que c'est impossible parce qu'on est infiniment plus complexes que des personnages inventés, que l'étendue de nos pensées est quasi sans limites etc. Je le concède, mais il n'empêche qu'il est possible que le créateur ait simplement mentionné dans son script que nous étions des êtres humains comme les vrais, dotés d'une pensée plus ou moins complexe et intimement persuadés d'être les habitants les plus intelligents de cette planète et qu'il nous ait mis dans la tête tout un tas de préjugés sur l'existence qu'il partage peut-être bien lui-même. On pourrait même imaginer que ledit démiurge soit lui-même né de l'imagination ô combien fertile d'un troisième inventeur, bref nager en plein délire de création. Mais pourquoi est-ce que ce serait si fou de penser ça ? Ou bien alors je te mets au défi de prouver que ce que j'avance n'est qu'une aberration, et si en même temps, tu pouvais m'expliquer à quoi rime toute cette vaste comédie et le rôle qu'on est censé y jouer, je t'en serais éternellement reconnaissante.

N'empêche que c'est flippant de commencer à se poser ce genre de questions, et que c'est possible que ce soit pour ça que j'aime tant la littérature et l'analyse de textes : on te met face à quelque chose qui est (en apparence) stable : il y a une situation, des personnages qui parlent/pensent/agissent et toi tu te prends pour le maître du monde, de là-haut tu te penches sur eux avec ta loupe ultra grossissante et tu te permets de les juger, ces vulgaires êtres de papier qui t'apparaissent comme quantité négligeable, enfin plutôt comme une donnée essentielle au sein du travail que tu t'es proposé d'effectuer sur eux, mais une fois que tu auras fini de les disséquer, ils sombreront dans l'oubli (jusqu'à ce qu'un autre étudiant vienne à son tour remuer la poussière qui se sera entre temps à nouveau déposée entre les pages du livre). OK j'exagère, j'ai quand même un peu dépassé le stade que je viens de décrire. Toutefois, tu es obligé d'envisager les choses comme ça si tu comptes sérieusement arriver à une fin après t'être confronté au texte ; il faut partir du postulat que le texte est naïf, qu'il a un sens littéral premier qui va te servir de base pour accéder à des couches plus complexes de compréhension (si tant est qu'on se dise que ces couches constituent elles-mêmes un terreau stable pour une compréhension plus proche de l'essence du texte). Je ne parlerai même pas de cette expérience que tu as sans doute déjà faite de relire un texte que tu avais découvert il y a quelques années et qu'aujourd'hui tu as re-découvert avec le regard émerveillé de l'individu que tu es devenu désormais, en y relevant quantité de détails qui à l'époque ne t'avaient pas frappé mais qui maintenant prennent tout leur sens (en revanche, tu ne peux pas non plus te rappeler l'innocence naïve du premier regard que tu as porté sur ces mots) . Tu fais exactement la même chose face à une personne que tu rencontres : tu la découvres d'abord au sens littéral, au travers de ce qu'elle veut bien montrer d'elle puis à force de la côtoyer, tu apprends à la découvrir au travers des non-dits, des situations, de ses réactions, tu apprends à composer avec son caractère comme elle avec le tien, et déjà elle te façonne comme toi tu la façonnes, chacun puisant quelque chose de l'autre pour se modifier juste un peu, le temps d'une histoire dont vous êtes les protagonistes... et tu prends conscience qu'elle est infiniment complexe (du moins, autant que toi) et que jamais tu n'auras épuisé l'étendue des possibles de son être.

C'est désagréable de prendre conscience que l'esprit humain a des limites, que tout ce qu'on entreprend contient déjà en soi une certaine vanité irréductible. En même temps, je crois que c'est ce qui nous motive : ce petit rien qui nous résiste et qui en fait dissimule tout un monde auquel on envisage, du moins en rêve, d'accéder...

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02 novembre 2007

Communiquer (ou pas)

Le langage, ce merveilleux instrument qui nous permet d'échanger avec autrui... mais échanger est un bien grand mot et la communication n'est souvent qu'une douce illusion. La plupart du temps, c'est un truc mécanique (et palpitant, cela va sans dire) :
"Salut, ça va?
-ouais et toi?
-bien..."
Bon après, tout dépend avec qui vous avez cette conversation, mais il suffit de remarquer combien le "oui" ou le "ça va" viennent vite à l'esprit, souvent sans même réfléchir. Ca m'a toujours fait flipper ça, des fois la conversation est tellement plate qu'on formule des réponses sans réfléchir, parfois parce qu'on pense à autre chose, parfois parce qu'on ne pense vraiment à rien, genre on sait pertinemment qu'on n'a strictement rien à échanger avec la personne qui est en face.
Il y a des prises de consciences du poids de la non-communication qui sont vraiment angoissantes, surtout quand ça touche des personnes que vous côtoyez quotidiennement depuis toujours, quand on n'essaye même plus de faire semblant d'avoir quelque chose à se dire. Ca a un côté tellement désespéré : ce mur invisible qui nous sépare. Quelque part, c'est triste, on a envie de trouver ça révoltant, mais en même temps, c'est normal. Si un membre de votre famille n'a jamais essayé de s'intéresser ne serait-ce qu'un minimum à votre vie, il ne va pas se lever un matin en venant s'enquérir de l'état de votre moi intérieur, pas de quoi monter sur ses grands chevaux donc, c'est triste mais c'est comme ça. Disons que c'est une espèce d'accord tacite qui se crée : on ne se comprend pas, mais on ne communique pas comme ça au moins, on ne s'importune pas. Moi, c'est l'accord tacite que j'ai dans la tête, mais je doute fort qu'il y ait la même chose dans la tête de la personne d'en face. Passons.

C'est juste que je comprends pas comment on peut passer complètement à côté des gens de sa propre famille, vivre sous le même toit en étant comme des étrangers (qui accessoirement arrivent aussi à se faire du mal). Tout ça parce qu'on n'est pas du tout sur la même longueur d'ondes, parce qu'on est foncièrement différents. Ca me rend dingue parce que je ne me l'explique pas et pourtant je ne peux pas nier que ça existe.

Voilà c'était le message qui sert à rien (à part à me soulager de mes obsessions en mettant quelques mots dessus) et qui se finit sur une belle aporie.

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20 octobre 2007

Colère, folie, instabilité...

A force de se perdre dans les méandres de la pensée, il arrive un moment où l'esprit se trouve dans une impasse. A quoi bon élaborer des conjectures, retourner en vain et sans fin tous les cas de figures possibles et imaginables ? Le passé reste le passé, les faits demeurent ce qu'ils ont semblé être et ce qu'ils ont été aux yeux de celui qui les a vécus, aussi différents qu'ils aient pu paraître d'un individu à l'autre... Mais le cerveau humain est une remarquable machine qui se plaît à rembobiner le film et à se repasser la même bobine au travers de différents filtres : pathétique, attendrissant, cynique... et on se retrouve alors avec un nombre insoupçonné de versions de la même histoire, alors qu'on la conjugue déjà au passé. On croit devenir fou... l'esprit insatiable, dans sa douleur, cherche en vain à se raccrocher à l'explication la plus tangible, mais toutes se dérobent devant lui ; il est prêt à tout accepter à condition de connaître, ou tout au moins d'entrapercevoir la vérité. Mais que faire quand cette maigre consolation ne lui est même pas accordée ? Oublier ? Se résigner ? En prendre son parti comme le passage obligé, un mauvais moment à passer qu'un meilleur viendra effacer ? Oui... j'ai peur que ce soit tout ce qu'il reste à espérer... que cette désagréable sensation qui s'empare de moi chaque matin au réveil se fasse petit à petit de moins en moins présente pour finalement disparaître...

Posté par _Touti_ à 00:55 - Méditations toutiennes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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