19 octobre 2009
Mon automne
Voilà bien longtemps que je n'avais feuilleté tes pages
On dirait qu'il me faut revenir à d'anciennes amours
C'est étrange de voir comme les mots laissent le cœur lourd
Le passé ne cesse pourtant de changer de visage
Décliner la monotonie du temps à l'ombre du jour
Je ne sais si mon cœur à ce jeu sera sage
Mais il serait bien imprudent de prendre ombrage
De l'automne qui approche à pattes de velours
A l'horizon l'écueil auguré décourage
J'ai beau tendre l'oreille à des présages sourds
Le vent muet ne m'amène que le bruit des tambours
Et me fait renoncer à de plus doux rivages.
Touti, le 15/09/2009
21 février 2009
Aphasie
Hébété s'étire un Pierrot triste
Dans sa main un bouquet de fleurs noires
Sourire fané des lendemains de piste
Pour une moisson de rires illusoires
Est-ce que sa belle s'est enfuie
Ou bien l'a-t-il seulement rêvée
Sourire lune, la veilleuse de nuit
Paresse sous la voûte étoilée.
Songes évanouis moins éphémères
Que la fourbe réalité
Les pieds sont moins légers sur terre
Et un pantin aime tellement danser
Mais il a oublié les pas
Sous les siens s'ouvre un gouffre noir
Où les mots s'ombrent sans fracas
L'encre a perdu tous ses pouvoirs
Touti, 20-21.02.2009
02 novembre 2008
Pierrot assis face au miroir
Dans ses yeux, nulle trace d'émotion
Un pâle sourire éclaire ses lèvres
L'air doux ne fait guère illusion
Sur ce visage brûlant de fièvre
Il répond, docile, aux questions
D'un air malin, gentiment mièvre
Il ne craint pas votre aversion
Il taille vos piques, comme un orfèvre
Vous sentez monter la tension
Il jubile, vous êtes l'exutoire
Pierrot maîtrise les passions
C'est lui qui vous sert de miroir.
Touti, le 2.11.2008
01 novembre 2008
Poème sans titre (et peu satisfaisant de surcroît)
Il marchait par grand vent sous un ciel sans nuage,
Chaque instant diminuait un peu plus son courage.
Dans son grand manteau blanc, Pierrot cabriolait
Pour oublier son cœur qu'une flamme transperçait.
L'ombre qui s'attachait à ses pas disparut.
En ce jour de soleil, son sourire s'était tu.
Au coin de l'œil une larme aussitôt effacée
Par Phoebus triomphant l'empêchait de pleurer.
Il rechercha longtemps la silhouette obsédante,
Etrange et familière, qui d’habitude le hante.
Mais nulle part ne trouvant cette partie de lui-même,
Il s'en fut égaré, triste clown bohème.
Son âme tressaillit au détour d'un bosquet :
Dans l'onde frissonnante, un reflet imparfait,
Pâle simulacre lui rappelant son ombre,
Ne fit qu'alimenter encore ses pensées sombres.
Puis la nuit le laissa, pantelant, essoufflé,
Et il ferma les yeux sur sa triste journée.
Quand la lune éleva au ciel sa face blême,
Dans les yeux de Pierrot naquit un doux poème.
Il entrevit les rives riantes de l'autre monde.
Les pensées enivrantes d'une âme vagabonde
Envahirent son esprit et le mirent en joie :
Il n'avait depuis longtemps ressenti un tel émoi.
C'est toi que je cherchais, déesse Eternité
J'ai cru qu'un fragment d'âme à jamais me manquait
Mais j'ai vu ton visage dans la nuit étoilée
Et j'ai compris alors qu'en mon coeur tu brillais.
Touti, le 1.11.2008
28 juillet 2008
Flânerie nocturne
Veillé par les étoiles dans sa ballade nocturne
Les yeux rêvant à la lune, Pierrot déambule
Ses bleus à l'âme le rendent d'humeur taciturne
Sur le fil, il est le plus nul des funambules.
Il a longtemps flâné dans un riant jardin
Où son coeur abîmé trouvait un doux repos
S'enivrant du souffle des fleurs, l'exquis parfum
Qui lui tournait la tête faisait danser les mots.
Et dans la ronde obscure, il a voulu entrer
Mais pour un baladin, ce n'est pas chose facile
D' écouter avec attention le chant des fées
Quand on aime les roses pour leur abord futile.
Pierrot, pantin lourdaud, s'emmêle les pinceaux
Il approche sur la pointe des pieds, danse gracile
Les fleurs immobiles se moquent mais ne pipent mot
L'art de plaire se révèle un dessein difficile.
Mais Pierrot n'a que faire des ragots imbéciles
Il insiste et sa balourdise le rend charmant
Les roses se gonflent d'un orgueil bien puéril
Tandis qu'il fait le beau, confus, le coeur battant.
C'est alors que l'oiseau-lyre descend des nuées
Et se pose un instant sur l'épaule de Pierrot
Une plume se détache et tournoie sans tomber
Le clown blanc la saisit et lorsqu'elle touche sa peau
Son regard vers le ciel de nouveau se dirige
Il contemple la lune, il repense à ses mers
Il trace dans sa paume un mot que le temps fige
Et pour l'amour des roses, il verse une larme amère.
Touti, le 28.07.2008
11 juillet 2008
Elégie à Séléné
Le scénario ce soir semble se répéter
On a eu beau lui dire qu’il ne faut pas courir
Qu’à ne pas regarder, on se fait vite souffrir
La tête dans les étoiles, la nuit est tombée.
Elle a vite revêtu son manteau d’ecchymoses
Elle ne se plaint jamais et impose le silence
En son sein, le repos ne tolère plus l’absence
Elle sait se faire l’amie des vers et de la prose.
Il n’est qu’un poète capable de l’apprivoiser,
Il a su l’emprisonner dans son regard,
Qui se confond souvent dans l’immensité noire
Avec le visage qu’elle prend soin de cacher.
Longtemps, Pierrot veille dans son grand habit blanc
Gardien, ami fidèle, il ne dit rien, il pleure
Et de ces quelques larmes éperdues de douleur
La nuit apaise la soif qui embrase ses tourments.
Certains racontent qu’il est amoureux de la lune
D’autres aiment à se moquer de son air distrait
Quant à moi, je ne suis que l’ombre qui se tait
Je contemple dans l’onde mon reflet sous la lune.
C’est en pensant à elle que je la vois le mieux
Je n’ai besoin pour cela d’aucun artifice
Puisque de mon cœur j’ai fait le sacrifice
La nuit veille mais elle ne sait pas lire dans mes yeux.
Touti, le 11.07.2008
12 mai 2008
S.O.S.
(Non, ce n'est pas un appel au secours, juste une expérimentation littéraire, et en alexandrins s'il vous plaît^^)
Ca commence toujours sur un air de musique
Quelques notes, un accord, trois tours et puis s'en vont
Esquisse un pas de danse éteint, mélancolique,
Ne te retourne pas, le passé est prison.
Ca enfle dans ton coeur comme une ritournelle
Tu ne distingues plus l'appel des sémaphores
Mais ton esquif balance en équilibre frêle
Ta boussole a perdu depuis longtemps le Nord
Ca résonne et s'effeuille en sinueuses volutes
La brume est enivrante et l'ombre t'assagit
Tu n'es maître de rien dans l'improbable lutte
Opposant la raison à ton coeur qui s'enfuit
Touti, le 12.05.2008
21 avril 2008
Odyssée
Un carré de ciel bleu, une ligne d'horizon
Les rails ocre et argent reflètent le paysage
Des palais de verdure esquissés au brouillon,
S'enfuient avant qu'on ait pu rêver leurs branchages.
Des blocs de béton gris aux ponts de fer rouillés
Nouvelle végétation un peu moins bucolique
Un alliage étonnant de nature et d’acier
En gris sur fond de ciel dansent les fils électriques.
Mais si la route est longue, le voyage est poème,
Défilé de tableaux aux couleurs éclectiques
Les nuances de tons ne sont jamais les mêmes
Le vagabond s'adapte aux changements climatiques
Au détour d'un sentier, s'amuse avec les vers,
S'emmêle les pinceaux, ses pieds battent la musique
De l'aube au crépuscule, du printemps à l'hiver,
Il s'ébat dans la jungle des champs sémantiques.
Le temps passe et estompe la ligne d'horizon
La nuit qui tombe épie les ombres qui s’allongent.
Les rides se creusent sur les joues du vagabond
Qui plisse les yeux pour voir le soleil qui plonge
Fatigué il décline comme le jour frissonnant
Regrettant la jeunesse d’un cœur pétri d’orages
Alourdi de sagesse par la patine des ans
C’est un fardeau qui pèse au terme du voyage.
Touti, 19-20/04/2008
10 mars 2008
Autodafé
J'écoute les cris du vent qui dehors s'ecchymose
Dans la nuit tourmentée, mon corps meurtri repose
Mon coeur lui insuffle sa langueur extatique,
Un parfum capiteux un brin mélancolique.
C'est doux, froid, blême et tendre, ça me fait frissonner
Comme un triste novembre aux matins dégrisés.
Les cauchemars elliptiques ressurgissent et me hantent
Je chasse d'un geste vif l'ombre déliquescente
Qui m'enlace en linceul infâme et moelleux,
Vague écho des caresses tendres de l'amoureux.
La morsure fugitive est pourtant souveraine
De ce ballet macabre, ce soir je suis la reine.
Sur les masques des convives, un rictus figé,
Symbole de l'anathème qu'ils ont sur moi jeté,
Désaccorde le rythme effréné de mon coeur
J'ai perdu la bataille contre l'armée des heures.
Vaincue j'entre à mon tour,effarée, dans la ronde
Assaillie de toutes parts, mon âme moribonde
Frappée par un éclair tressaillit et s'embrase
Dans la chaleur des flammes se consument mes phrases.
Touti, le 10/03/2008
02 mars 2008
Sur les traces du fou..
(en commençant ce poème, j'avais en tête le titre du poème de Dar : "Fol marche sur les traces" ; le fou que j'évoque peut donc très bien renvoyer à son personnage. De toute façon, ce serait pas la première fois que je serais inspirée par les écrits de miss Dar^^)
Je marche sur les traces du fou sans faire de bruit,
Je n'ai d'autre visage que l'ombre de la nuit
Comme une âme égarée qui avance au hasard,
J'erre, un peu étourdie, à tâtons dans le noir.
En muse capricieuse, mon pantin s'est enfui
Je dois le rattraper ou trouver qui je suis.
J'ai oublié mon nom, c'est une bien triste histoire
Rappelez-vous seulement que j'ai le teint blafard.
Mais si mon nez est rouge, c'est que j'ai trop pleuré
Il n'est rien qui me fasse plus mal que le passé.
Je traîne derrière moi une ombre fatiguée
Un reste de moi-même en version cabossée.
Mon baluchon de rêves égaré en chemin
Manque à mon coeur. J'aimerais que tu me prêtes le tien
On causerait un instant de nos infortunes
On en rirait ensemble, éperdus sous la lune.
Mais tu n'es qu'un mirage, juste esquissé dans l'ombre
Un trait par-ci par-là, ton visage reste sombre.
Je soupire, m'impatiente et poursuis mon chemin
Peut-être te retrouverai-je un peu plus loin.
Je joue à saute-mouton de nuage en nuage
J'essaye de tuer le temps mais ça me décourage
Le passeur me regarde d'un air apitoyé
J'aurais bien envie de l'envoyer balader.
Il me dit de cesser sans arrêt de me plaindre,
Que les flammes les plus hautes finissent par s'éteindre
Je suis bien ennuyée par ses sages paroles
Et je lui cloue le bec par une cabriole.
La route est longue encore et je n'apprends pas vite
Longtemps les chercheurs d'or courent après des pépites
Je préfère avancer plutôt que renoncer
C'est plus facile à dire avec des rimes, je sais.
Touti, 1-2/03/2008












