Rayon de lune

Au fil de ma plume et de celles que je rêve

04 février 2008

Thinking about Nadja...

Lorsque je me pose devant cet ordinateur, le temps s'étire démesurément et je ne fais pas grand chose. Du coup, je le fuis et m'occupe à cultiver mon cerf volant par diverses (re)lectures édifiantes. C'est ainsi que fidèle à moi-même, j'en reviens toujours à mes premières amours, réussissant (une fois n'est pas coutume) à concilier travail obligatoire et lectures passionnantes. Pour la énième fois, je ressors de Nadja, subjuguée par la prose si sûre d'elle-même d'André Breton, par tous ces réseaux de sens qui dans mon âme font sens. Nadja, " parce qu'en russe c'est le commencement du mot espérance, et parce que ce n'en est que le commencement ", Nadja qui depuis qu'elle a croisé ma route, en a modifié irrémédiablement l'itinéraire. Jamais un livre ne m'a paru aussi riche en significations contradictoires et convergentes, atteignant un niveau de complexité dont seule la vie vécue peut vraiment rendre compte. Quand je le lis, je glisse d'un personnage à l'autre, je suis l'un et l'autre à la fois, j'admire Nadja et j'abhorre Breton, j'admire Breton et j'ai tant de peine pour Nadja... Tous ces méandres d'émotions dans lesquelles on déambule, ces personnages auxquels on s'attache, funambules malhabiles avançant à tâtons sur le fil de la vie, condamnés à vivre, à aimer, à souffrir, à mourir, mais sous la plume de Breton, à jamais voués à exister en tant qu'êtres de papier. A chaque nouvelle lecture, « le monde de Nadja où tout prenait si vite l'apparence de la montée et de la chute » me bouleverse et me fascine, ce choc de la rencontre entre la littérature et la vie s'impose à moi avec autant de fulgurance que de clarté, c'est comme si tout trouvait un sens et en même temps se dérobait à toute possibilité de sens. De même, cette confiance éperdue de Breton en l'avenir, cette assurance inébranlable de la voix finale baignée par l'éblouissante lumière de l'amour nous enveloppe et nous transporte, balaye ce qui a été dit avant tout en consacrant son caractère essentiel.

J'aime Nadja parce qu'à chaque fois que je pense en saisir une infime partie, je sais qu'elle m'échappe encore.

Posté par _Touti_ à 00:03 - Coups de coeur - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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