16 décembre 2007
Locusts
Dehors la pluie bat contre les vitres, comme si elle effaçait le monde. Peut-être est-ce pour le rendre un peu plus beau. Peut-être est-ce pour le faire disparaître pour de bon. Cela n'a pas grande importance, après tout. Rien n'a vraiment d'importance...
L'essentiel, c'est de ne garder aucune trace du passé. Le moindre souvenir porte en lui un affect trop douloureux. Est-ce que l'oubli est la seule solution ? Retrouver la pureté du bonheur originel : la page blanche que l'on n'éprouve pas encore le besoin de noircir. La page blanche et cotonneuse, comme le nid où se pelotonnent les oisillons, comme le nuage sur lequel j'aime naviguer. Quand le vent est favorable, il m'entraîne à une vitesse de croisière, plus rien ne m'effraie, je vole. C'est vrai je vole : je me sens portée, je suis merveilleusement bien, à la fois légère et libre. Ivre de vivre, et c'est encore mieux que dans mes rêves.
Je suis triste de ne plus savoir voler. A trop regarder le soleil, on est vite ébloui et lorsqu'on est devenu aveugle, on n'arrive plus à apprécier la beauté de la lumière. Il me semble que le monde a sombré dans le gris, je ne distingue plus le ciel, le ciel noyé de pluie. Il est tombé sous mes pieds, je le foule sans même m'en apercevoir, il me contemple dans une flaque d'eau boueuse. Je détourne les yeux, triste et honteuse. Ce n'est pas dans ce ciel que j'ai volé. Non non, je me souviens très bien : il était clair, finement azuré, frais comme la brise par une douce matinée d'été. De toute façon, pourquoi continuer à y penser ? Puisque je ne peux plus voler, puisqu'il me suffit de marcher. Si si, c'est vrai, ils me l'ont dit, ils le répètent dans chaque souffle de vent, dans chaque goutte de pluie, que voler, voyons, voler c'est insensé, qu'il faut désormais se confronter à la réalité. Je demande un peu effrayée : "Et les rêves... ? mes rêves ?" Mais je vois bien que c'est un gros mot, qu'il ne faut pas le dire tout haut. Il en va des fragments de rêve comme des fragments de bonheur, si brillants et fragiles à la fois, de jolis reflets évanescents, mais si frêles et vulnérables. Ne pas perdre un instant, les chérir tant qu'ils brillent et continuer longtemps, même lorsqu'ils ont disparu, même lorsque la brûlure du souvenir s'est tue, noyée sous la pluie battante qui efface le monde. Il semblerait... peut-être... je lance quelques mots au hasard de ma plume, il est fort possible que je me trompe. Peut-être... je dis bien peut-être... qu'oublier n'est pas la meilleure solution.













