Rayon de lune

Au fil de ma plume et de celles que je rêve

28 novembre 2007

Périple lillois : une bouffée d'oxygène

Après moultes hésitations et malgré les risques de ne pas parvenir à bon port, j'ai pris mon baluchon et décidé de tenter coûte que coûte l'aventure qui allait me conduire dans le grand Nord à la rencontre de ma chère Mamadou. Au bout de six heures de train, en passant par Saint-Pierre-des-Corps (où j'ai cru un moment que j'allais rester bloquée XD) puis Paris (heureusement le métro circulait à peu près régulièrement), je suis arrivée en gare de Lille-Flandres où Delphinoute m'attendait avec sa grande crinière rousse.

Décidément, j'aime barouder, peut-être parce que ce sont les seuls moments où je réussis à échapper à la grisaille de mon quotidien... j'aime voyager en train, regarder les paysages défiler à toute allure, ça me met dans un état second, j'ai vraiment l'impression de m'évader, d'échapper à moi-même. L'ambiance des gares aussi, tous ces gens pressés, en route vers un ailleurs, et puis après, l'arrivée, chercher des yeux la personne qui vient vous chercher, la joie des retrouvailles. Ce sont des étincelles, des rayons de soleil qui viennent briser la monotonie d'une routine aliénante et déprimante. Tout ça pour dire que partir un peu m'a fait du bien, même si une fois revenue, j'en suis toujours au même point.

J'en ai marre de la grève, déjà que je suis pas quelqu'un qui arrive à se motiver en temps normal, mais là en n'ayant plus cours, c'est devenu à peu près impossible (la preuve : je suis à la BU pour bosser et je me mets à poster sur mon blog). J'ai une flemme monumentale de travailler à ce fichu mémoire, et puis je me dis que j'ai pas envie d'être prof, qu'il va falloir que je m'affole pour trouver quelque chose à faire de ma vie. Des fois, ça me fait trop flipper, à d'autres moments (comme maintenant), j'écris ça avec indifférence, ça me donnerait presque envie de sourire tant c'est désespérément moi, toujours à geindre, jamais à se bouger. J'ai envie d'écrire sur des tas de choses, mais quand j'essaye, j'y arrive pas, je suis pas satisfaite. Peut-être parce que je spleene pas assez ces temps-ci (oui j'ai même plus la force de spleener). Je me sens vide.

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18 novembre 2007

Chute sans fin

J'ai trop longtemps porté le poids de lourds fardeaux
Le ciel devenu gris, la lumière s'est faite ombre
Souvent je suis tombée, broyée dans un étau
Mais ta voix me chuchote : "demain sera plus sombre".

Je n'ai plus envie de croire à ces jolis contes
Ni à ces fées qui pour m'endormir me berçaient
De trop douces illusions dont aujourd'hui j'ai honte
Je suis comme la lune, un astre au coeur défait.

La nuit pour toute compagne, je pleure sans raison
Sur le spectre infidèle d'improbables mirages
Mais ils peuplent mon coeur jusqu'à la déraison
Je ne suis plus maîtresse de ce violent orage.

Touti, le 18/11/2007

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17 novembre 2007

Girls don't cry...

Il arrive un moment où on se dit que ça ne sert plus à rien de pleurer.
Un moment où on se sent trop cassé pour pouvoir souffrir encore plus.
Est-ce que ça veut dire que c'est fini ? Pourtant les vieilles douleurs ne sont jamais bien loin, enfouies sous le tissu si fin de la peau, elles guettent la moindre de nos faiblesses pour ressurgir.
On aime à s'ériger des montagnes en obstacles, parce qu'on se dit que peut-être, comme ça, on saura rendre les souvenirs plus beaux. Mais on arrive seulement à se faire souffrir un peu plus.

Un souvenir qui fait mal, ça ne reste jamais qu'un souvenir. On aura beau le revivre cent fois par la pensée, il ne quittera plus les limbes du passé. Le problème, c'est que je traîne mes souvenirs avec moi, qu'ils me semblent bien lourds à porter, que je ne sais pas trop où je dois les mettre pour qu'ils deviennent plus légers. C'est juste qu'ils me construisent et m'entravent, me font un peu de bien et beaucoup de mal.

Il n'y a pas que de la mort dont on ait à faire le deuil.

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15 novembre 2007

Hiver...

Les arbres perdent leurs dernières feuilles,
L'automne pousse un ultime râle d'agonie
Les feuilles mortes lui tiennent lieu de cercueil
Le froid m'enveloppe dans son linceul gris.

Touti, le 15/11/2007

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08 novembre 2007

Parce qu'il spleene mieux que moi

COLLOQUE SENTIMENTAL

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

-Te souvient-il de notre extase ancienne?
-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

-Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.

-Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! -C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!
-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul Verlaine

Il est des textes qu'on aime, des fois sans trop savoir pourquoi, puis un jour on les relit et on est frappé de plein fouet par l'évidence du sens qu'ils nous jettent en pleine figure. Je relis ce poème ce soir et il me fait frissonner tant sa force d'évocation me glace d'effroi.

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04 novembre 2007

L'image de la semaine

rantan

Delphinoute, la grande rousse qui vit dans le Nord et qui accessoirement me sert d'amie, m'a gentiment dit hier que cette image était représentative de mon état d'esprit (est-il nécessaire de préciser que la Delphinoute est un être complexe, délicieusement ironique et décalé ?). N'empêche que... j'adore cette image ! Et comme je ne suis pas suffisamment calée en BD pour que me vienne immédiatement à l'esprit la pensée du "chien plus bête que son ombre", eh bien cette remarquable petite chose qui fait des ravages dans ma tête et que je nommerai familièrement "mon esprit" se plaît à gamberger à propos de ce pauvre toutou.

Tout guilleret, la tête dans les nuages, il arpente avec insouciance les chemins de la vie, pensant naïvement pouvoir surmonter tous les obstacles, sauf qu'on ne peut pas tous les éviter alors il arrive parfois qu'on se cogne à la dure réalité (ici représentée sous la forme d'une poubelle, chouette métaphore d'ailleurs^^). Mais l'esprit de l'irréductible rêveur continue à survoler les vastes plaines de l'imaginaire et qu'importent les plaies et les bosses, ce qui compte est de garder la tête dans les étoiles.

Voilà, c'était la pensée (une fois n'est pas coutume) optimiste de la semaine. Amis rêveurs, je vous salue.

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Imagine...

...qu'on est tous des entités, chacun une existence à part entière, distincts les uns des autres mais pas forcément des êtres de chair et de sang. On pourrait tout aussi bien être le fruit de l'imagination d'un démiurge (je n'ai pas dit forcément de Dieu) mais d'un écrivain par exemple ou encore d'un réalisateur. On fait partie de l'histoire donc (pas celle avec un grand H mais la petite fiction, peut-être télévisuelle, peut-être même qu'elle passe sur TF1... ouille, nan quand même pas, ça voudrait dire qu'on aurait tous des QI d'huîtres^^ pardon je m'égare) et on n'existe que dans la mesure où nous sommes liés à elle. Tu vas me répliquer que c'est impossible parce qu'on est infiniment plus complexes que des personnages inventés, que l'étendue de nos pensées est quasi sans limites etc. Je le concède, mais il n'empêche qu'il est possible que le créateur ait simplement mentionné dans son script que nous étions des êtres humains comme les vrais, dotés d'une pensée plus ou moins complexe et intimement persuadés d'être les habitants les plus intelligents de cette planète et qu'il nous ait mis dans la tête tout un tas de préjugés sur l'existence qu'il partage peut-être bien lui-même. On pourrait même imaginer que ledit démiurge soit lui-même né de l'imagination ô combien fertile d'un troisième inventeur, bref nager en plein délire de création. Mais pourquoi est-ce que ce serait si fou de penser ça ? Ou bien alors je te mets au défi de prouver que ce que j'avance n'est qu'une aberration, et si en même temps, tu pouvais m'expliquer à quoi rime toute cette vaste comédie et le rôle qu'on est censé y jouer, je t'en serais éternellement reconnaissante.

N'empêche que c'est flippant de commencer à se poser ce genre de questions, et que c'est possible que ce soit pour ça que j'aime tant la littérature et l'analyse de textes : on te met face à quelque chose qui est (en apparence) stable : il y a une situation, des personnages qui parlent/pensent/agissent et toi tu te prends pour le maître du monde, de là-haut tu te penches sur eux avec ta loupe ultra grossissante et tu te permets de les juger, ces vulgaires êtres de papier qui t'apparaissent comme quantité négligeable, enfin plutôt comme une donnée essentielle au sein du travail que tu t'es proposé d'effectuer sur eux, mais une fois que tu auras fini de les disséquer, ils sombreront dans l'oubli (jusqu'à ce qu'un autre étudiant vienne à son tour remuer la poussière qui se sera entre temps à nouveau déposée entre les pages du livre). OK j'exagère, j'ai quand même un peu dépassé le stade que je viens de décrire. Toutefois, tu es obligé d'envisager les choses comme ça si tu comptes sérieusement arriver à une fin après t'être confronté au texte ; il faut partir du postulat que le texte est naïf, qu'il a un sens littéral premier qui va te servir de base pour accéder à des couches plus complexes de compréhension (si tant est qu'on se dise que ces couches constituent elles-mêmes un terreau stable pour une compréhension plus proche de l'essence du texte). Je ne parlerai même pas de cette expérience que tu as sans doute déjà faite de relire un texte que tu avais découvert il y a quelques années et qu'aujourd'hui tu as re-découvert avec le regard émerveillé de l'individu que tu es devenu désormais, en y relevant quantité de détails qui à l'époque ne t'avaient pas frappé mais qui maintenant prennent tout leur sens (en revanche, tu ne peux pas non plus te rappeler l'innocence naïve du premier regard que tu as porté sur ces mots) . Tu fais exactement la même chose face à une personne que tu rencontres : tu la découvres d'abord au sens littéral, au travers de ce qu'elle veut bien montrer d'elle puis à force de la côtoyer, tu apprends à la découvrir au travers des non-dits, des situations, de ses réactions, tu apprends à composer avec son caractère comme elle avec le tien, et déjà elle te façonne comme toi tu la façonnes, chacun puisant quelque chose de l'autre pour se modifier juste un peu, le temps d'une histoire dont vous êtes les protagonistes... et tu prends conscience qu'elle est infiniment complexe (du moins, autant que toi) et que jamais tu n'auras épuisé l'étendue des possibles de son être.

C'est désagréable de prendre conscience que l'esprit humain a des limites, que tout ce qu'on entreprend contient déjà en soi une certaine vanité irréductible. En même temps, je crois que c'est ce qui nous motive : ce petit rien qui nous résiste et qui en fait dissimule tout un monde auquel on envisage, du moins en rêve, d'accéder...

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03 novembre 2007

Les villes invisibles

vi

Ce livre est un véritable petit bijou. Alors que mon regard errait sur l'étal du bouquiniste de Bouffay, il s'est arrêté sur le nom de l'auteur dont on m'avait parlé en bien, puis sur le titre qui m'a accrochée, comme une espèce d'invitation au rêve, à un voyage dans l'imaginaire, à la contemplation de l'invisible (ce que, somme toute, chaque livre nous propose), mais là c'était étrange, ce rapprochement entre la ville, synonyme d'une vie grouillante, bruyante, vivante, et l'invisible, qui se dérobe au regard, comme un secret qu'on se proposerait de nous dévoiler ; ça m'a semblé délicieusement mystérieux et poétique alors je l'ai acheté, parce que je suis une créature faible qui ne sait pas résister à un livre qui lui fait de l'oeil mais aussi et surtout parce que j'adore ces petites découvertes littéraires qui élargissent un peu plus chaque jour mes visions du monde. Eh bien ça valait effectivement le coup. Ce livre, c'est un peu comme un recueil de poésie : il s'agit du récit de voyage (fictif) de Marco Polo à l'empereur Kublai Khan. Le récit est divisé en une série de textes brefs classés par rubriques aux titres troublants : "les villes et les signes", , "les villes et le ciel", "les villes et les morts"... Chacun de ces textes est merveilleusement poétique et s'inscrit dans une réflexion plus vaste que le simple domaine de la ville, c'est une invitation à porter un nouveau regard sur ce qui nous entoure, non seulement Italo Calvino esquisse de sa plume et nous donne à contempler les couleurs chatoyantes de villes rêvées mais il nous offre en même temps des perles de poésies empreintes d'une sagesse profondément humaine.

Un petit extrait :

Foedora - Les villes et le désir. 4

Au centre de Foedora, métropole de pierre grise, il y a un palais de métal avec une boule de verre dans chaque salle. Si l’on regarde dans ces boules, on y voit chaque fois une ville bleue qui est la maquette d’une autre Foedora. Ce sont les formes que la ville aurait pu prendre si, pour une raison ou une autre, elle n’était devenue telle qu’aujourd’hui nous la voyons. A chaque époque il y eut quelqu’un pour, regardant Foedora comme elle était alors, imaginer comment en faire la ville idéale ; mais alors même qu’il en construisait en miniature la maquette, déjà Foedora n’était plus ce qu’elle était au début, et ce qui avait été, jusqu’à la vielle, l’un de ses avenirs possibles, n’était plus désormais qu’un jouet dans une boule de verre.

Foedora, à présent, avec ce palais des boules de verre possède son musée : tous ses habitants le visitent, chacun y choisit la ville qui répond à ses désirs, il la contemple et imagine qu’il se mire dans l’étang des méduses qui aurait dû recueillir les eaux du canal (s’il n’avait été asséché), qu’il parcourt perché dans un baldaquin l’allée réservée aux éléphants (à présent interdits dans la ville), qu’il glisse le long de la spirale du minaret en colimaçon (qui ne trouva plus le terrain d’où il devait surgir).

Sur la carte de ton empire, ô Grand Khan, doivent trouver place aussi bien la grande Foedora de pierre et les petites Foedora dans leurs boules de verre. Non parce qu’elles sont toutes également réelles, mais parce que toutes ne sont que présumées. L’une rassemble ce qui est accepté comme nécessaire alors qu’il ne l’est pas encore ; les autres ce qui est imaginé comme possible et l’instant d’après ne l’est plus.

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02 novembre 2007

Cuando llegaré...

Me llaman el desaparecido
Que cuando llega ya se ha ido
Volando vengo, volando voy
Deprisa deprisa a rumbo perdido

En ce moment, je fais l'expérience de la non-existence. Je ne fiche RIEN de mes journées. J'erre comme une pauvre geek sur le net, je m'anesthésie le cerveau comme ça, de toute façon ça vaut mieux parce que si je me mets à penser, je vais déprimer. Pourtant, ça m'énerve d'être cette grosse larve qui fait que dormir et manger (et accessoirement, qui écrit 2-3 poèmes sans trop savoir pour qui ni pourquoi). Et comble de la déchéance : je viens geindre sur mon blog, sous ton regard affligé, lecteur virtuel. Les seuls gens que j'aurais envie de voir, ils sont loin. Du coup, je reste cloîtrée à la maison alors que j'aurais besoin de sortir et de voir du monde (mais bien sûr, je n'en ai pas la moindre envie^^).

J'ai envie de partir. Loin.

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Perplexe...

Je te regarde et je ne ressens rien
Je t'aime ? Peut-être... par habitude...
Tu tournes en rond, tu ne dis rien
Comme moi, tu aimes la solitude

Nous n'avons rien en commun
On dirait que tu n'as rien à partager
Pourtant ce silence est malsain
Me comprendre? tu n'as jamais essayé.

On erre côte-à-côte sans se voir
Mais tu tournes en rond dans la nuit
Qui donc chasse tes idées noires
Sais-tu que j'en ai moi aussi?

J'aurais juste voulu t'aimer
Voir dans tes yeux que j'existais
Pourtant je me suis résignée
Mais vivre près de toi m'effraie.

Touti, le 2/11/2007

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