08 novembre 2007
Parce qu'il spleene mieux que moi
COLLOQUE SENTIMENTAL
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.
-Te souvient-il de notre extase ancienne?
-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?
-Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.
-Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! -C'est possible.
Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!
-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.
Paul Verlaine
Il est des textes qu'on aime, des fois sans trop savoir pourquoi, puis un jour on les relit et on est frappé de plein fouet par l'évidence du sens qu'ils nous jettent en pleine figure. Je relis ce poème ce soir et il me fait frissonner tant sa force d'évocation me glace d'effroi.
Deux formes ont tout à l'heure passé.
Et l'on entend à peine leurs paroles.
Deux spectres ont évoqué le passé.
-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.
Où nous joignions nos bouches! -C'est possible.
-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Et la nuit seule entendit leurs paroles.
Paul Verlaine













