Rayon de lune

Au fil de ma plume et de celles que je rêve

04 novembre 2007

Imagine...

...qu'on est tous des entités, chacun une existence à part entière, distincts les uns des autres mais pas forcément des êtres de chair et de sang. On pourrait tout aussi bien être le fruit de l'imagination d'un démiurge (je n'ai pas dit forcément de Dieu) mais d'un écrivain par exemple ou encore d'un réalisateur. On fait partie de l'histoire donc (pas celle avec un grand H mais la petite fiction, peut-être télévisuelle, peut-être même qu'elle passe sur TF1... ouille, nan quand même pas, ça voudrait dire qu'on aurait tous des QI d'huîtres^^ pardon je m'égare) et on n'existe que dans la mesure où nous sommes liés à elle. Tu vas me répliquer que c'est impossible parce qu'on est infiniment plus complexes que des personnages inventés, que l'étendue de nos pensées est quasi sans limites etc. Je le concède, mais il n'empêche qu'il est possible que le créateur ait simplement mentionné dans son script que nous étions des êtres humains comme les vrais, dotés d'une pensée plus ou moins complexe et intimement persuadés d'être les habitants les plus intelligents de cette planète et qu'il nous ait mis dans la tête tout un tas de préjugés sur l'existence qu'il partage peut-être bien lui-même. On pourrait même imaginer que ledit démiurge soit lui-même né de l'imagination ô combien fertile d'un troisième inventeur, bref nager en plein délire de création. Mais pourquoi est-ce que ce serait si fou de penser ça ? Ou bien alors je te mets au défi de prouver que ce que j'avance n'est qu'une aberration, et si en même temps, tu pouvais m'expliquer à quoi rime toute cette vaste comédie et le rôle qu'on est censé y jouer, je t'en serais éternellement reconnaissante.

N'empêche que c'est flippant de commencer à se poser ce genre de questions, et que c'est possible que ce soit pour ça que j'aime tant la littérature et l'analyse de textes : on te met face à quelque chose qui est (en apparence) stable : il y a une situation, des personnages qui parlent/pensent/agissent et toi tu te prends pour le maître du monde, de là-haut tu te penches sur eux avec ta loupe ultra grossissante et tu te permets de les juger, ces vulgaires êtres de papier qui t'apparaissent comme quantité négligeable, enfin plutôt comme une donnée essentielle au sein du travail que tu t'es proposé d'effectuer sur eux, mais une fois que tu auras fini de les disséquer, ils sombreront dans l'oubli (jusqu'à ce qu'un autre étudiant vienne à son tour remuer la poussière qui se sera entre temps à nouveau déposée entre les pages du livre). OK j'exagère, j'ai quand même un peu dépassé le stade que je viens de décrire. Toutefois, tu es obligé d'envisager les choses comme ça si tu comptes sérieusement arriver à une fin après t'être confronté au texte ; il faut partir du postulat que le texte est naïf, qu'il a un sens littéral premier qui va te servir de base pour accéder à des couches plus complexes de compréhension (si tant est qu'on se dise que ces couches constituent elles-mêmes un terreau stable pour une compréhension plus proche de l'essence du texte). Je ne parlerai même pas de cette expérience que tu as sans doute déjà faite de relire un texte que tu avais découvert il y a quelques années et qu'aujourd'hui tu as re-découvert avec le regard émerveillé de l'individu que tu es devenu désormais, en y relevant quantité de détails qui à l'époque ne t'avaient pas frappé mais qui maintenant prennent tout leur sens (en revanche, tu ne peux pas non plus te rappeler l'innocence naïve du premier regard que tu as porté sur ces mots) . Tu fais exactement la même chose face à une personne que tu rencontres : tu la découvres d'abord au sens littéral, au travers de ce qu'elle veut bien montrer d'elle puis à force de la côtoyer, tu apprends à la découvrir au travers des non-dits, des situations, de ses réactions, tu apprends à composer avec son caractère comme elle avec le tien, et déjà elle te façonne comme toi tu la façonnes, chacun puisant quelque chose de l'autre pour se modifier juste un peu, le temps d'une histoire dont vous êtes les protagonistes... et tu prends conscience qu'elle est infiniment complexe (du moins, autant que toi) et que jamais tu n'auras épuisé l'étendue des possibles de son être.

C'est désagréable de prendre conscience que l'esprit humain a des limites, que tout ce qu'on entreprend contient déjà en soi une certaine vanité irréductible. En même temps, je crois que c'est ce qui nous motive : ce petit rien qui nous résiste et qui en fait dissimule tout un monde auquel on envisage, du moins en rêve, d'accéder...

Posté par _Touti_ à 03:38 - Méditations toutiennes - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bah dit donc quelle vague a l'âme. 0_0

Posté par Night, 04 novembre 2007 à 04:02

Petite pierre de la marmotte

Sur la première partie, si rien ne prouve le contraire, rien ne prouve cela non plus. On reste dans le doute profond de notre origine et en plus rien ne dit que le démiurge n'a pas une conscience d’un niveau bien supérieur ou notre complexité n'est plus si complexe. J'avais lu une remarque intéressante sur le sujet d'un auteur américain : Imaginons que l'on est le pouvoir de le faire, pourquoi faire les choses de façon simple et ne pas le faire comme une immense partie de billard.
Rien n'exclu un sens supérieur à notre existence, l'inscription dans un schéma plus vaste, mais rien ne le prouve non plus. C'est une question de conviction pour chacun.

La deuxième partie est pour moi un autre sujet, qui m’intéresse encore plus (même si la première partie est un débat de lui-même passionnant). Ce qui me plait c’est ce mot de « stable » qui vient vite. Pour moi (mais c’est vraiment mon point de vue) toute la question est là. Dans la mesure où lorsque l’on définit des personnages, on leur donne des traits, les fait agir selon un modèle. Toutefois l’être humain n’a selon moi pas cette stabilité. Si il est indéniable que nous ayons une continuité dans notre façon de penser, d’agir… toute la question est de savoir l’étendue exacte de ce sur quoi elle porte. Avons-nous un mode de fonctionnement interne suffisamment stable pour par exemple ne pas agir de façon (trop) différente, lorsque nous avons eu une mauvaise journée, sous le coup d’une émotion, ou autre. De plus nous évoluons en plus de ces variations épisodiques, ce qui fait que nous avons des variations aussi structurelles.
Le vrai problème est une notion de modèle, comment concevoir une psychologie en dynamique aussi.

Mais j’ajouterais par rapport à la conclusion, que ce n’est pas tant la marque d’une limite de notre esprit que de son incroyable créativité et mobilité. Certes c’est moins rassurant et moins facile pour chacun de nous mais c’est tellement plus intéressant et plus viable à long terme.

Voila, c’était ma petite pierre à l’édifice.

Posté par Tonio la marmott, 04 novembre 2007 à 14:01

tentative de réponse au rocher marmottien

Cher Marmotte,
déjà merci pour ta participation active, je suis bien contente de ne pas disserter dans le vide.
Alors je suis d'accord avec ce que tu dis en première partie (en même temps, c'est un débat pleinement ouvert, ce n'est pas pour rien que j'ai appelé le sujet "Imagine...", disons que je plie le lecteur à la fantaisie de mon imagination, mais qu'après c'est bien qu'il laisse divaguer la sienne et en même temps fasse part de ses réflexions). Donc oui bien sûr, je n'évoque qu'une des infinies possibilités, mais c'est l'avantage de ne pas savoir : on peut faire des hypothèses sans fin^^. C'est un peu paradoxal : le frisson de l'incertitude et le vertige de penser que tout est possible^^.

Pour la deuxième partie, le mot "stable" est venu précédé de la parenthèse non négligeable "en apparence", ça s'est peut-être pas vu suffisamment mais je répugnais un peu à l'employer. Le souci, c'est que si je ne le faisais pas, je n'aurais pas pu entamer ma réflexion. Et puis quelque part, bon gré mal gré, on est bien obligé d'en passer par là, je crois : toujours partir d'une considération un peu grossière, comme un morceau de pierre à l'état brut qu'on va sculpter et polir pour lui donner l'aspect le plus en harmonie avec notre pensée. Enfin je dis qu’on est obligé parce que ça m’arrange bien^^, puisque je n’arrive pas à concevoir qu’il n’y ait pas un noyau stable d’identité et par conséquent de continuité chez l'individu, mais là encore je peux me tromper^^

Posté par Touti, 04 novembre 2007 à 18:50

Bon moi , ca ne sera pas une "participation active" (tu me connais XD). Je me contenterai juste concernant ta 1ere partie de suggerer, dans le cas ou tu (vous?) ne l'aurais pas fait, de lire le conte "Les Ruines circulaires" de Borges...
On retrouve de tres tres pres ce que tu viens de dire..
* Rhaaaa, Borges.... *

Posté par davy, 08 novembre 2007 à 17:42

oooooh

Babyboy!!! Ma joie de te lire sur mon blog n'a d'égale que la richesse des informations que tu me donnes^^. La classe, je fais dans le Borges sans le savoir ! Je ne connais pas ce conte mais je compte sur toi pour me le faire découvrir. Merci d'avoir posté ici en tout cas, ça fait bien plaisir de te lire.

Posté par Touti, 02 décembre 2007 à 12:28

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